Ecrit le 08/02/2015

Je n’ai jamais vu un mort.

Entendez par là que les seules créatures m’étant apparues  sans vie depuis mes 41 années d’existence sur cette planète se résument à des bestioles malchanceuses sur les abords de l’autoroute, un génocide d’insectes indésirables les soirs d’été ou un pigeon venu rendre son dernier souffle sur mon balcon.

Non, je n’ai jamais vu un seul être humain mort et de ce fait je n’ai absolument aucune idée de ce que serait mon état émotionnel dans une pareille situation.

Entendons nous bien : j’ai déjà été confrontée à la mort mais jamais à UN mort.

C’est là toute la différence.

Curieusement, je n’ai aucun souci particulier avec les cimetières ou autres lieux en rapport avec la mort (funérariums, hôpitaux, agences de pompes funèbres, crématoriums) et je n’ai pas non plus de blocage vis-à-vis de la souffrance, de la vue du sang ou de n’importe quelle partie d’anatomie en morceau, mais l’idée de voir une personne morte me terrifie.

L’odeur, le grain de peau, l’idée que plus rien ne bouge, et ne bougera.

J’ai souvent entendu des personnes me raconter cette sensation éprouvée à la vue d’un être cher installé dans son cercueil peut avant ses obsèques. « On dirait qu’il dort ! ». Je suis toujours restée un peu perplexe par rapport à ces propos. On dirait peut être mais ce n’est pas vraiment le cas. La réalité est là et bien là, l’autre ne peut pas dormir, il est impossible pour mon cerveau de faire comme si ou de comparer un état de sommeil à un état de mort. A plus forte raison si la personne est installée dans une grande boîte en bois capitonnée de soie et prête à se faire recouvrir d’un couvercle avec des écrous.

Une personne morte c’est une personne qui ne respire plus et dont l’organisme a été rempli d’un liquide spécifique pour retarder sa décomposition. Il est fort peu probable que nous ayons la même mine lorsque notre corps est rempli de formaldéhyde que lorsque nous sommes en phase de sommeil profond, avec une bonne grasse matinée en prévision.

Evidemment, cette volonté de présenter un défunt sous son meilleur aspect va de pair avec les évolutions scientifiques de notre société et les pratiques culturelles. Pourtant, certaines religions ne tolèrent pas ce que l’on appelle communément l’embaumement.

On peut aussi imaginer que l’on est face à cette volonté première d’aseptiser la mort. Ne pas montrer la mort mais plutôt donner une impression de sommeil. Cela rassure, cela rend serein et facilite le deuil. Le hic c’est lorsque le cercueil se ferme. Celui que l’on avait presque cru dormir quelques instants auparavant est en train de se faire mettre en boîte au sens premier du terme. Que penser !?

Oui je dois le reconnaître, voir un mort ne m’emballe pas vraiment et j’oserai presque penser que pour moi, l’idée de voir un mort c’est comme celle de voir une coquille vide. Un cocon de chenille qui serait devenu papillon, mais envolé depuis belle lurette.

 

La mort est interprétée différemment par chacun d’entre nous.

Résurrection, réincarnation, passage dans un autre monde, fin définitive, anéantissement de la conscience, de l’esprit, et de fait de la matière qui s’en suit, nous avons tous une idée  plus ou moins précise jusqu’à ce que nous y soyons un jour nous-mêmes confrontés et il est fort peu probable que nous puissions commenter en direct cet évènement (du reste, assez personnel) de façon à ce que chaque personne qui se tienne autour de nous puisse profiter de l’évolution d’un état qui ne se produit qu’une seule fois dans une vie (oui, dans une vie on ne nait et ne meurt qu’une seule fois !).

Ce serait presque incroyable ! Imaginons quelques instants une personne sur le point de mourir qui décrirait chaque vision, chaque sensation, et que sa propre pensée, sa représentation produite à l’intérieur de son cerveau serait retransmise en direct grâce aux nouvelles techniques d’imagerie médicales directement reliées à sa conscience.

Nous aurions enfin une idée du passage de la vie à la mort.

Ce qui est plus incroyable encore, c’est de se dire que dans cinquante ou cent ans, nous seront probablement capables de retranscrire ces émotions, et nous aurons certainement une idée plus précise de ce qu’il se passe lorsque nous sommes morts. Puisque nous savons déjà ce qu’il ne se passe plus !

Ce qui m’effraie est certainement cette coquille vide. Ce corps abandonné de toute vie, de toute conscience et de toute âme. Un corps où il n’y a plus rien.

J’aime l’idée de pouvoir penser que l’âme et la conscience de nos chers disparus se sont échappées de cette coquille, et volent quelque part, éternelles et libres.


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