Ecrit le 20/11/2011

Sonnerie du réveil, sept heures, j’ouvre les yeux et me souviens pourquoi je suis là.

Je suis thanatopracteur, thanatopractrice plutôt et voila bientôt onze ans que je m’occupe des morts.

Drôle de métier, non ? Moi, je ne trouve pas, mais c’est ce que me disent la plupart des gens. Pas mes proches ni mes amis bien sûr, parce qu’au fil du temps, si on veut être bien dans sa vie et bien dans sa tête, on sait s’entourer et ne garder près de soi que des personnes qui vous acceptent telle que vous êtes, avec le métier que vous faites.

Il faut quand même être un tant soit peu « équilibrée » pour pratiquer des années durant. Etre en contact avec des cadavres toute la journée, c’est peu banal. D’ailleurs en France, nous ne sommes que 900 à 1000 praticiens recensés et même si la profession tend à se féminiser, nous sommes encore peu nombreuses.

Mais assez pensé ! Rassurez-vous, je ne parle pas toute seule ! Il vaut mieux le préciser car le commun des mortels imagine que nous ne sommes pas tout à fait « normaux » pour faire ce métier. Je pense que notre branche professionnelle ne recense pas plus de névrosés que le reste de la population mais bon, difficile d’aller contre les idées préconçues…

Allez je me lève ! J’ai quand même un soin de conservation à faire et en plus, c’est pas la porte à côté. Un conseiller funéraire m’a appelée hier soir pour venir m’occuper du corps d’une jeune femme morte à l’hôpital. Son corps a été transporté à la chambre funéraire dans la soirée et j’ai prévu d’intervenir ce matin à neuf heures. La famille m’apportera  les vêtements vers dix heures, le temps que je fasse mon soin, une heure environ si tout se passe bien. J’aurai ainsi les habits à temps pour finaliser mon travail avant d’appliquer les cosmétiques correcteurs et d’exposer le corps dans le salon de la chambre funéraire.

 

La particularité des thanatopracteurs en France, contrairement à d’autres pays tels que l’Angleterre ou les USA, c’est que nous sommes des opérateurs « forains », comme aimait à le dire mon maître de stage ! Chargés de notre matériel soigneusement organisé dans nos valises, nous allons de soin en soin au gré des demandes des familles. Chambres funéraire, morgue, domicile sont autant de lieux d’intervention. Il nous arrive parfois de parcourir ainsi des dizaines de kilomètres dans la journée. Alors, il vaut mieux que le métier vous plaise, parce qu’entre les heures de voiture, les valises à porter et la manipulation des corps morts, sans compter la charge émotionnelle à supporter, c’est pas de tout repos !

A bien y réfléchir, nous venons tous d’univers très différents. Pourtant, je ne connais aucune de mes consœurs ni aucun de mes confrères qui soit là par hasard. Je ne sais pas si on peut parler de vocation. Je n’ai jamais aimé ce mot, je lui trouve une connotation «sacrificielle», mais ça n’engage que moi. Histoire personnelle à régler, deuil difficile, curiosité de l’Après (après la vie...), etc., autant de raisons de s’occuper des morts, avec un facteur commun tout de même : le sens du service à l’Autre, le souci d’aider ceux qui restent, ces endeuillés, ces survivants démunis laissés au bord du chemin.

Si nous sommes tous bien différents, si les raisons qui nous ont poussés à faire ce métier un peu étrange sont diverses, lorsque nous prenons en charge ce défunt qui nous est le plus souvent parfaitement inconnu, notre objectif est commun. Faire en sorte que les proches gardent une belle dernière image de ce parent, de cet ami, de cet amour qui bientôt ne sera plus, crématisé ou inhumé. Il restera encore de lui le souvenir de ce corps inanimé.

Ce temps de retenue, qu’est le temps de l’exposition, permet à la famille de prendre conscience de la réalité abrupte de la disparition de l’Autre, cette évidence à laquelle on a du mal à croire. Alors, un corps préparé, apprêté pour son dernier voyage, un corps qui ressemble à ce vivant que l’on aimait, peut aider, un peu, à entamer plus sereinement ce long cheminement qu’est le deuil. Même si nous savons tous que l’aide que l’on apporte est infime au regard de la souffrance vécue par les deuillants.

Allez, je me prépare et j’y vais ! Un autre corps, une autre histoire, unique comme l’était cette personne, bientôt entre les mains de la professionnelle que je suis. La faire belle, une dernière fois…

 

Liste des écoles pour devenir thanatopracteur


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Derniers commentaires

Très beau témoignage.
Ce métier m'a toujours intrigué... dans le bon sens du terme.
Merci de partager votre expérience et vos ressentis.
Et si pour vous l'aide que vous apportez est infime, votre rôle est essentiel!
Bonne continuation.
Coralie
Très beau témoignage . Et je remercie sincèrement les personnes faisent ce métier car c'est grace a vous que mon fils était le plus beau pour rejoindre les cieux.