Ecrit le 10/03/2015

Dans ce monde un peu (beaucoup) bancal, on se lève le matin et notre premier réflexe de bourgeois occidental moyen qui se vautre dans les nouvelles technologies, est de mettre ses lunettes (pour celles et ceux qui en portent) et de se jeter sur Facebook.

Alors pour certain c’est Facebook, pour d’autres c’est Twitter, quand ce n’est pas la totalité des alertes infos.

On se jette sur Facebook, on fait défiler le fil d’actu, on like, on masque, on lit, on commente, on dit bonjour, on envoie un ou deux messages en privé et la journée va commencer.

C’est ainsi que grâce à ce média et à tant d’autres,  les nouvelles les plus incroyables nous arrivent directement dans le cerveau, même pas encore la tartine beurrée que les catastrophes naturelles et autres joyeusetés nous sont servies directement sur un plateau d’argent.

Aujourd’hui est un jour comme doivent certainement les aimer les grand médias, il va y avoir de quoi parlementer durant des heures et des heures, Charlie c’est un peu mort, plus rien à se mettre sous la dent, le conflit Israélo Palestinien devient d’une banalité affligeante, il faut du neuf, et j’oserai presque dire, du sang neuf !

Aujourd’hui Lundi 9 mars 2015, la télé-réalité n’a jamais aussi bien porté son nom.

Réalité de l’horreur, de la mort inutile, de la bêtise sans nom qui tire vers le bas des millions et des millions de téléspectateurs, pour qui, pour quoi ?

Dropped, en anglais ça veut dire  « chuté »

Quelle ironie du sort.

Ils étaient plusieurs  français à être partis en Argentine pour participer au tournage de la nouvelle émission de télé-réalité de TF1 : « Dropped ». La diffusion devait avoir lieu cet été.

Inspirée d’une émission suédoise, le principe était simple : deux équipes de sportifs de haut niveau ou d’anciennes célébrités du sport français, lâchés en pleine pampa au beau milieu de l’Argentine, le but étant de regagner la civilisation en réussissant à subvenir à leurs besoins sans matériel (aucune carte, aucune boussole).

Un casting en or

Alain Bernard et Camille Muffat : médaillés olympique de natation, Alexis Vastine champion de boxe mais aussi Sylvain Wiltord, ex-footballeur, Jeannie Longo, ancienne championne de cyclisme, Florence Arthaud, navigatrice, Philippe Candeloro, ex-champion de Patinage artistique et Anne-Flore Marxer, snowboardeuse.

Ils avaient tous répondu présents.

Ce lundi 9 mars 2015, durant le tournage du second épisode, deux hélicoptères contenant certains participants mais aussi l’équipe de production, se sont percutés durant des manœuvres apparemment trop rapprochées. L’inévitable s’est produit : crash total.

Aucun survivant. Dix morts dont huit français. Parmi eux  Camille Muffat, Alexis Vastine et la navigatrice Florence Arthaud. Les cinq autres français faisaient partie de l’équipe de production de l’émission. Les deux victimes restantes étant les pilotes.

 

Que dire alors d’un tel accident ?

Médiatisation à outrance, focus sur les images du crash, le net et les chaînes de télévision d’information en continu se sont immédiatement saisies de l’affaire comme d’une manne céleste. Tel le très célèbre «Génial !» de David Pujadas, assistant de son bureau aux attentats du 11 septembre 2001, le crash va être décortiqué dans tous les sens du terme. Les langues vont se délier, les témoins qui ont tout vu mais qui ne savent rien vont parler, les proches des proches de la belle-famille des voisins du beau-frère de la sœur des victimes vont apparaître sur tous les écrans. Chacun va encore y aller de sa minute de gloire « vous la connaissiez, vous l’aimiez, quelle femme formidable c’était, dites nous tout ! On veut tout savoir ». Pleurons ensemble … Oui, Pleurons.

Il n’y a rien à dire, il y a juste à dénoncer.

C’était un accident bête, débile, pour rester dans le politiquement correct.

Un accident d’hélicoptère  comme il y en a probablement tous les jours. Pour les besoin d’une émission qui ne sert à rien sinon à occuper en publicité diverses le temps de cerveau disponible de ses téléspectateurs.

Une émission abêtissante comme il en existe tellement aujourd’hui sur notre Paysage Audiovisuel Français.

Une émission dont on peine encore à imaginer qu’elle puisse passer les filets du CSA.

A quoi sert donc le CSA ? Devant tous ces programmes complètement inutiles et dangereux, nous sommes désormais face à une réelle catastrophe sanitaire. Qui finira par mettre un bon coup de frein ? Combien de temps va-t-on encore voir défiler sur nos écrans cette programmation qui ne sert personne d’autre que leurs producteurs.

Vaste question.

Le 29 janvier dernier, 9 militaires français ont trouvé la mort dans le crash d’un avion F16 en Espagne. L’avion de chasse effectuait alors une manœuvre d’entraînement sur la base aérienne de Los Llanos, dans la province d'Albacete, située à environ 250 kilomètres au sud-est de Madrid. Au moment du décollage, le F-16 a perdu de sa puissance et s'est écrasé sur le tarmac.

Est-ce que c’était un accident bête ? La faute à pas de chance ? L’enquête est en cours et je ne me souviens pas avoir vu mon fil d’actualité complètement envahi de cette nouvelle.

Il y a presque 30 ans et à quelques mois près dans les dates, un autre crash d’hélicoptère mettant en scène des célébrités faisait la une de tous les médias.

Thierry Sabine et Daniel Balavoine périssaient durant le Rallye Paris Dakar, le 14 janvier 1986, en pleine tempête au cœur du désert Malien.

Thierry Sabine aidait Daniel Balavoine à utiliser la notoriété et la logistique du rallye pour l’action humanitaire dont il s’occupait « Paris du cœur » et  qui visait à installer des pompes à eau hydrauliques dans des villages africains.

Autre temps, autre télévision, autres préoccupations.

 

A ce jour, il est désormais facile d’établir un bilan des effets désastreux de la Télé-Réalité.

Dans les versions françaises, on peut recenser :

-          Gérald Babin, décédé d’une crise cardiaque durant l’une des épreuves de tir à la corde de la 13ème édition de Koh Lanta.

-          Thierry Costa, le médecin de l’émission, se suicide quelques jours plus tard.

-          François-Xavier, candidat de Secret Story, se suicide également en 2012 en se jetant sous les roues d’une voiture.

Le suicide semble rester la première cause de mortalité chez les participants. La liste est à rallonge en ce qui concerne le panel chargé d’émissions étrangères. Mais sans passer par la mort, nombreux sont les candidats qui n’ont pas eu une résistance à toutes épreuves pour traverser l’après « projecteurs » sans d’importants dommages psychiques ou physiques. On se souvient tous de Loana et de sa descente aux enfers après avoir été l’une des premières participantes  (devrait-on dire «rats de laboratoire » ) à l’expérience «Secret Story ».