Ecrit le 21/11/2011

Légalement appelée en France soins de conservation depuis 1976, la thanatopraxie consiste à conserver temporairement le corps du défunt jusqu’aux obsèques.

Son mode opératoire repose sur l’injection artérielle d’une solution conservatrice, la ponction des liquides physiologiques, l’épandage d’une solution formolée dans les cavités abdominales et thoraciques, une toilette et des soins esthétiques.

Soins de conservation : une technique d'embaumement

Elle est donc une technique d’embaumement puisque ce dernier consiste à conserver un corps par introduction de substances préservatives. Un embaumement moderne bien loin de celui réalisé par les Egyptiens. Pas d’éviscération, ni de mutilation. Il ne s’agit plus ici d’atteindre l’immortalité mais bien de faciliter le transport du corps avant mise en bière (à visage découvert) ou son exposition prolongée dans de bonnes conditions hygiéniques et esthétiques.
 

Cette pratique de conservation des corps s’inscrit en fait dans une longue tradition funéraire française. En effet, dès le Moyen Age, le corps des hauts personnages du royaume étaient embaumés à l’aide de précieux aromates pour assurer leur transport vers le lieu de sépulture choisi ou les exposer à visage découvert afin de leur rendre un dernier hommage. Le recours aux techniques d’embaumement comme solution idéale pour faciliter le bon déroulement des funérailles et organiser les derniers adieux dévolus au défunt a ainsi jalonné l’histoire des rites funéraires français, révélant ainsi l’existence d’une tradition d’embaumement pratique fortement ancrée dans l’Hexagone.

Pourtant, la thanatopraxie, prestation de services proposée par les entreprises de pompes funèbres depuis les années 1960, reste encore mal connue du grand public, malgré les 200 000 corps traités chaque année depuis les années 2000 (environ 40% de nos défunts). Il faut dire que la diversité des terminologies utilisées, la fluctuation des définitions données comme la rétention d’informations faite sur son mode opératoire en font une pratique difficile à cerner.

Les soins de présentation sont souvent présentés aux familles par les conseillers funéraires comme des « soins de présentation et d’hygiène » (ce qui, en soi, est bien la finalité de cette technique) ou comme « une sorte de toilette améliorée ». Il est important que les familles endeuillées ne se méprennent pas ! Les soins de conservation se distinguent radicalement de la toilette mortuaire effectuée par les soignants, le personnel des chambres mortuaires voire les thanatopracteurs  car son mode opératoire est bien singulier.

Si la thanatopraxie intervient à l’intérieur du cadavre par des actes techniques nécessitant du matériel adapté, des solutions conservatrices élaborées, de solides connaissances anatomiques, de l'habileté et un certain savoir-faire  du praticien, la toilette mortuaire agit en surface du corps et a pour objectif de lui octroyer tous les soins nécessaires afin de l'apprêter au mieux. De l’expérience est exigée pour réaliser au mieux cette préparation, mais le temps passé , le matériel utilisé et les effets esthétiques obtenus  peuvent permettre d’expliquer la différence de tarifs entre une toilette mortuaire et un soin de conservation.
Dans ce domaine, il est difficile de donner un prix pour ces deux prestations car chaque entreprise de pompes funèbres est libre de facturer comme elle l’entend.

Soins de conservation : prix

On peut néanmoins raisonnablement énoncer la fourchette approximative de tarifs suivants : comptez entre 200 et 600 euros en moyenne pour un soin de conservation et 80 à 150 euros pour une toilette mortuaire. En ce qui concerne le retrait d’une prothèse fonctionnant à l’aide d’une pile (stimulateur cardiaque ou défibrillateur), sachez que les tarifs avoisinent les 100/200 euros pour leur explantation pour les cas d’inhumation et d’incinération. Seuls le médecin ou le thanatopracteur sont habilités par la loi pour effectuer cette opération.

Notons enfin que le thanatopracteur peut être amené à réaliser des moulages mortuaires à la demande des familles (prestation codifiée par les pouvoir publics) ainsi que des soins de conservation particuliers appelés dans le domaine funéraire « soins de restauration » .

 

« La restauration que l’on nomme également thanatoplastie est un ensemble de pratiques qui permettent de rendre le corps « visible ». Ces techniques ont pour objet de faire disparaître les stigmates de la mort mais aussi d’éventuels traumatismes dénaturants laissés par une maladie défigurante, un accident, un suicide, un homicide, une autopsie. Ces techniques restauratives sont nombreuses. Elles vont de l’application de cosmétiques à la reconstruction de tissus osseux, musculaires et cutanés. […] Il est impossible de faire une belle restauration sur une simple toilette. Il faut que les tissus soient au préalable traités, formolés et asséchés. On pourra alors les travailler, effectuer les collages et les sutures, puis appliquer plus facilement les cires, les mastics et les cosmétiques pour obtenir un résultat optimal.» Marie, thanatopracteur.

Le champ d’application de la restauration est vaste mais connaît toutefois des limites : l’état extrême de délabrement des corps morts est parfois tel qu’il est impossible d’envisager leur réhabilitation. En outre, peu de professionnels sont capables de prendre en charge le traitement de cadavres endommagés, car si l’art restauratif figure au programme de leur cursus, rares sont ceux qui ont pu ou voulu se former.

Car quiconque ne s’improvise pas thanatopracteur ! Une formation encadrée par l’état est exigée pour prétendre exercer un tel métier. Plusieurs écoles privées et deux universités dispensent cette formation auprès de stagiaires de tous âges et de tous horizons professionnels. Succinctement, l’obtention du diplôme national de thanatopracteur se déroule en deux phases : le candidat retenu dans une école suit une formation théorique d’une durée minimale de 195 h  à l’issue de laquelle il passe un examen écrit. Sont alors retenus pour poursuivre le cursus les candidats les plus performants correspondant au numerus clausus fixé par le jury national. Les heureux élus peuvent alors commencer leur formation pratique auprès d’un maître de stage au terme de laquelle ils seront jugés et notés par un Comité national d’évaluation.

Aujourd’hui en France, on compte plus de 1000 thanatopracteurs exerçant à leur compte ou salariés d’entreprises de thanatopraxie ou encore d’entreprises de pompes funèbres. Parmi ces professionnels, de plus en plus de femmes ! Et oui, le métier se féminise et il n’est plus rare d’entendre parler de « thanatopractrice » !