Ecrit le 21/08/2012

Sur la question de l'euthanasie, le Président de la République a choisi d’ouvrir le débat plutôt que de trancher. A Rueil-Malmaison, il a promis le développement des soins palliatifs.

La maison Notre Dame du Lac, à Rueil-Malmaison(Hauts de Seine), un havre de paix baigné par le soleil,  à l‘écart de l’affairement de la ville. La sérénité du lieu est à l’égal de la délicatesse de la mission qui y est accomplie : accueillir les malades en fin de vie, sans espoir de guérison mais dans un compagnonnage qui donne sens à leurs jours et prenne en charge leur souffrances.

C’est depuis ce centre d’excellence en soins palliatifs (qui relève de la Fondation protestante des Diaconesses de Reuilly), le deuxième en France pour sa capacité d’accueil (48 personnes), que le Président de la République François Hollande a choisi de mettre la question de la fin de vie au cœur de l’actualité, et de l’afficher comme l’une de ses priorités, en y orchestrant sa visite au cœur de l’été. A la surprise de tous ceux qui pensaient que le débat, miné par une opposition entre militants et opposants de l’euthanasie, allait être discrètement laissé de côté après la campagne présidentielle.

"C’est un grand bonheur de voir que vous pouvez donner jusqu’au denier moment un échange, un soin, une qualité de relation qui permet à chacun d’être considéré comme une personne", a déclaré François Hollande au terme de deux longues heures de visite et d’une table ronde avec les soignants, par qui il a été applaudi avec chaleur. Rien ne le laissait présager, le Président de la République a fait à l’égard de ce secteur discret et trop mal connu des soins palliatifs un éloge appuyé, en prenant à son égard des engagements forts, par "devoir de l’Etat à l’égard des plus fragiles".

Il a fait la promesse de développer les soins palliatifs "dans leur diversité, car la fin de vie se déroule aussi en dehors des services hospitaliers" ; mais aussi "d’améliorer la formation, afin de préparer tous les personnels à l’accompagnement de la fin de vie".

 

Sur ces deux points, il fait ainsi écho aux revendications portées par les défenseurs du secteur. "Les soins palliatifs ne concernent pas les derniers jours de la vie mais le stade où la mort devient possible" rappelle le docteur Vincent Morel, président de la SFAP (Société française d’accompagnement et de soins palliatifs). "Il faut pouvoir y faire appel au bon moment et dans toutes les structures ; il est urgent de les étendre au domicile et aux établissements médico-sociaux. En être privé, c’est augmenter le risque que les choses se passent dans la douleur et que le malade demande qu’on accélère son décès."

François Hollande n’a pas occulté la question financière, confiée à Marisol Touraine, la ministre chargée des affaires sociales, qui l’accompagnait dans sa visite, avec Michèle Delaunay, ministre déléguée pour les personnes âgées et l’autonomie. "Bien sûr cela a un coût. Mais investir dans les derniers moments de la vie, aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est en réalité de la prévention. Cela évite des hospitalisations plus coûteuses encore, tout en améliorant la qualité de vie".

Autre décision d’importance : la mise en place d’une mission sur la fin de vie, confiée au professeur Didier Sicard, 74 ans, qui a présidé pendant neuf ans le CCNE (Conseil consultatif national d’éthique). Considéré comme "un sage", il devra rendre d’ici le mois de décembre un rapport au chef de l’Etat. Et ici c’est bien d’une interrogation sur la possibilité de l’euthanasie qu’il s’agit. "Car il faut poser la question des ces situations où la loi Leonetti (qui a interdit l’acharnement thérapeutique et mis en place la démarche des soins palliatifs, ndlr) ne suffit pas, appelant un acte médical assumé", a dit François Hollande. "Le débat mérite d’être engagé et il doit se faire dans l’apaisement".

Un "exercice démocratique de première importance", s’est satisfait Régis Aubry, président de l’Observatoire pour la fin de vie, qui fera partie de cette mission. "L’enjeu est de savoir ce qui, dans la fin de vie, doit être confié aux médecins, et de développer chez eux le doute, le questionnement par rapport à leur propre puissance. Et il serait dangereux de croire qu’une loi apporte une réponse aux questions complexes."

Nul ne veut préjuger des conclusions de cet audit, surtout pas celui qui en sera son artisan. Pour Didier Sicard, il s’agit d’aller "recueillir l’avis des citoyens dans des environnements très divers, plutôt que de compter les points entre les experts dont on connaît déjà tous les arguments.". "L’idée que la question est tranchée parce que 90% des Français seraient favorables à l’euthanasie n’a pas de sens. Je voudrais faire germer le sens de la complexité. Il n’y a pas de mort modèle". Cinq grands débats devraient être mis en place en région à la rentrée. Dans la bouche de cet homme rompu au débat éthique, le mot de la fin, mardi, était néanmoins assuré : "La loi Leonetti est une grande loi. Une loi de portée européenne."

Source http://www.lavie.fr/dossiers/euthanasie/


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Derniers commentaires

Qu'il y ait aujourd'hui de telles discussions sur une question aussi délicate, me donne de l'espoir. Ce que j'ai lu dans cette article me semble censé et prudent.
Etant aide-soignant en maison de retraite, ce sujet me touche particulièrement. Confronté très souvent à la mort et à la prise en charge de personne sur le déclin, je ne peux que dire que nous sommes parfois démunis face à certaines situations et au désarroi du patient...
Dans la région où je travaille, il n'existe qu'une seule unité mobile de soins palliatifs pour je ne sais combien d'établissement, c'est bien trop peu ! Et le cursus de formation des aide-soignants n'aborde ce sujet que légèrement, préférant développer des sujets bien moins vastes que celui qu'est la mort. Je ne compte plus les collègues jeunes diplômés qui se retrouvent souvent désemparés face à une situation délicate ou lorsqu'ils assistent pour la première fois au décès d'un patient ou du moins à ce que représente la mort... Nous apprenons donc sur le tas, grâce à nos collègues qui ont un peu plus d'expérience.
Peut-être serait-il bon d'inclure dans les formations de soignants l'étude des travaux d'Elisabeth Kübler-Ross par exemple.
J'espère que le débat et l'étude de la question sur la fin de vie prendra fin bientôt et que cela permettra à chacun de pouvoir faire face à sa propre mort avec un regard digne et serein...