Ecrit le 19/03/2018

Si vous me lisez à ce moment précis, c'est que vous êtes certainement arrivés sur ma chronique par le biais d'un réseau social. Probablement Facebook car c'est sur celui-là même que la chronique a été partagée.

Mais vous auriez pu tout aussi bien atterrir sur notre site par le biais d'Instagram car AlloLeCiel s'est doté il y a peu d'un compte Instagram (@AlloLeCiel )

Il était en effet temps pour nous de rejoindre la communauté des « Igers » et de partager avec ces millions d'utilisateurs toutes les belles choses que nous croisons sur notre chemin.

Ah oui j'ai dit "belles choses" !

C'est sans doute un peu paradoxal de parler de belles choses pour un site internet qui a pour principale préoccupation la mort, le deuil, la fin de vie, le funéraire !

Pourtant, des belles choses, on peut en croiser sur les réseaux sociaux, et spécifiquement lorsque cela est en rapport avec la mort, il suffit juste de faire preuve d'un peu de bonne volonté et surtout de bon sens.

L'enfer des réseaux sociaux

Lorsque vous parcourez internet et que vous cherchez dans Google quelques articles concernant la place des réseaux sociaux dans le quotidien des français (et du monde en général !), tout est rapidement diabolisé.

C'est une certitude, nous passons chaque jour un temps conséquent à regarder notre fil d'actualité Facebook, à nous prendre en photo pour publier nos exploits culinaires, notre progéniture, notre mari, nos amis, nos voyages, nos sorties, notre travail formidable, notre vie formidable.

Formidable ou pas d'ailleurs, car si l'on prend un malin plaisir à mettre en scène sa propre vie pour la faire apparaître la plus parfaite possible aux yeux de nos 150 amis, certains d'entre nous se servent aussi de ces médias pour exprimer (quelquefois sans le vouloir) leur solitude, leur souffrance, ils occupent le terrain coûte que coûte pour récupérer un peu d'intérêt, vivre aux yeux des autres, exister tout simplement !

Avant ces médias, la misère affective et sociale ne se voyait pas autant. Maintenant, non seulement elle se voit mais elle s'exprime. Une sorte de dépression interactive !

Non les réseaux sociaux ne sont pas un concentré des belles choses. A l'instar d'autres médias comme la télévision, la presse papier ou internet en général, le laid y est bien présent, il s'infiltre partout et tout le temps, quelquefois sans que nous nous en rendions compte. Il suffit simplement de prendre l'habitude. Voir passer régulièrement des nouvelles sordides partagées par un ami qui se sent investi d'une mission citoyenne et décide de relayer chaque jour le fil d'actualité de la dernière affaire de meurtre d'enfant ou du tueur en série retrouvé 20 ans après. Certains auront envie de dénoncer le drame des migrants, d'autre la souffrance animale, la précarité ou les atrocités subies par les Rohingyas, tout est bon pour se sentir utile en partageant l'horreur entre deux photos de couchers de soleils, du dernier voyage au Portugal ou de la crêpes-party du week-end.

Une horreur banalisée car quotidienne.

La hiérarchie de l'horreur

Dans cette hiérarchie de l'horreur, sans filtre et instantanée, nous avons en haut de l'affiche Twitter.

Twitter, ce réseau social de l'immédiateté ou chaque Twittos se croit obligé de donner son avis sur tout et tout le monde, et si celui-ci est cassant, violent, ironique ou menaçant, c'est encore mieux.

Dans le flot d'insultes et d'hostilité quotidienne déversée ça et là envers tout un chacun, quelques messages drôles ou positifs arrivent à s'extirper pour peu que l'on réussisse à suivre les bonnes personnes. Twitter c'est le tribunal populaire avec des juges pas toujours très objectifs ! Un monstre mis dans les mains d'autres monstres pour qu'ils puissent en faire des petits clones. Twitter est à fuir ou à utiliser avec précaution, sous peine d'en ressortir malmené, traumatisé, harcelé, menacé. Comment ruiner son existence par du rien, de l'inutile, du néant. Car même si vous n'agissez pas sur Twitter, vous pouvez vous positionner en observateur. Et c'est tout aussi nuisible. Il est très facile de se laisser happer par un tourbillon de haine, de jugements, de calomnie. Bien caché derrière son ordinateur, les petites phrases peuvent être lâchées, souvent sans gros risque d'être inquiété. Twitter n'est pas très agité en matière de respect des lois. Où commence et s'arrête la liberté d'expression, on en revient toujours au même problème.

Facebook est déjà un peu plus malléable.

Lorsque l'on est irrité par une ou plusieurs publications, rien ne nous empêche de masquer la ou les personnes concernées.

Si l'un de vos contacts est un fervent défenseur de la cause animale et qu'il y consacre 99% de ses espaces de publication en ajoutant quotidiennement des photos d'animaux souffrant dans les quatre coins du globe, il y a fort à parier que vous allez très vite ne plus pouvoir supporter ces visions d'horreur, et cela même si vous partagez ces idées (ceci s'appliquant à n'importe quelle thématique, les violences envers les enfants, la cause féminine, les migrants, la guerre en Syrie …)

C'est un peu la part sombre de ce réseau social ! On voit subrepticement apparaître des publications que l'on a pas décidé de consulter et des photos, des phrases, des nouvelles pas très réjouissantes viennent s'immiscer dans notre quotidien sans que l'on s'y attende. D'où cette nécessité de masquer certains contacts qui persistent dans leur volonté de partager l'horreur. On ne comprend pas vraiment quelle est leur démarche. Est ce une volonté d'éveiller les consciences (oui mais alors dans ce cas précis, il faut de la régularité et de l'investissement dans l'action concernée ! En voulant éveiller les consciences on ne peut pas juste se contenter de partager une publication sans agir ensuite). Est-ce le désir d'informer en premier ! Avoir la primeur de la nouvelle ! On se sent star quelques secondes car la publication va être partagée ou commentée, et le nom de celui qui l'a publiée, avec ! Une fraction de seconde de notoriété, c'est toujours mieux que rien.

Instagram semble échapper à l'horreur

Dans un article publié sur le site Cheek Magazine, les réseaux sociaux sont descendus en flèche. Instagram est même propulsé en haut du Panthéon de la tyrannie du bonheur. Le réseau à abattre tellement il nous abreuve de beau et nous fait par la même occasion ressentir que nous ne sommes finalement que de sombres bouses.

http://cheekmagazine.fr/societe/pourquoi-facebook-et-instagram-font-ils-...

Face à des gens qui ont plein d’amis, plein d’activités, on dévalorise son propre capital social alors même qu’il était satisfaisant.

« Sur les réseaux sociaux, Facebook et Instagram en tête, c’est à coup de photos de piscines à débordement, de paysages somptueux, de vacances idylliques et d’intérieurs parfaits que se joue la guerre psychologique virtuelle, la surenchère du bonheur affiché »

La mort n'existe pas sur Instagram

J'ai cherché les #dead, #mort, # RIP, il n'y en a qu'un nombre très restreint.

Petite explication pour celles et ceux qui ne connaissent pas Instagram. Il s'agit d'un réseau social basé sur le partage de photos, des photos que l'on peut customiser à grand renforts de filtres qui leur donne tout de suite un aspect beaucoup plus artistique ou glamour. On a donc l'impression d'être un Cartier-Bresson, un Willy Ronis ou un Doisneau durant quelques fragments de secondes et ça fait plutôt du bien.

Une fois la photo partagée, il faut la légendée si possible et la « Hasthaguer », c'est à dire aligner tous les mots qui nous sortent par la tête et qui sont en rapport avec la thématique de la photo. Ces mots seront accolés à un hasthag, (un dièse) pour que chaque personne présente sur le réseau puisse consulter les photos en rapport avec chaque mot.

Par exemple, j'aime les cimetières, et je veux savoir aujourd'hui quelles photos de cimetières ont été publiées sur le réseau Instagram, je me dirige donc dans l'onglet de recherche et je tape #cimetières.

Là apparaissent tout un tas de photos avec ou sans filtres en rapport avec les cimetières.

Et c'est très beau.

Car tout est très beau sur Instagram.

Même si en cherchant bien on peut facilement trouver des photos choquantes ou des scènes violentes, elles ne sont qu'en grande minorité face au monde parfait et au bonheur de chaque instant.

A titre d'exemple :

#amour : 5 930 283 publications

#haine : 35 510 publications

#vie : 941 868 publications

#mort :137 063 publications

#bonheur : 2 394 234 publications

#malheur : 10 119 publications

Les écarts parlent d'eux-mêmes.

Pourquoi la vie est belle sur Instagram ?

Parce que voir du beau fait du bien. Oui on peut être envieux et dépressif en regardant passer les vies formidables des personnes que nous avons choisi de suivre. On peut se dire que notre vie n'est qu'un amas de gris, de sombre, de nul. Mais on peut aussi inverser la tendance et décider que notre vie devienne une succession de beau.

Le beau se trouve à tous les coins de rue. C'est cette magie qui se retrouve dans ce réseau social. Transformer le quotidien en beau est à la portée de tout le monde.

Trouver de la poésie dans une flaque d'eau ou un coin de rue, un clocher d'église, une devanture de vieille boutique ou les jouets de son petit dernier.

Sur Instagram, on sait que le monde n'est pas toujours beau, mais on se focalise sur ce qui l'est plutôt que sur ce qui ne l'est pas.

Et la mort dans tout ça ?

L'être humain s'agite en attendant la mort. Il s'agite d'ailleurs considérablement sur les réseaux sociaux puisque selon une étude récemment publiée sur le site wearesocial.com (https://wearesocial.com/fr/blog/2018/01/global-digital-report-2018) les français passent en moyenne 4h45 par jour sur internet dont 1h22 consacrée aux réseaux sociaux.

Même si la plupart n'ont pas forcément conscience que la vie peut s'arrêter du jour au lendemain, dans un monde pas toujours très gai, certains d'entre nous s'appliquent à offrir aux autres une belle vision du quotidien.

De là à s'imaginer qu'un réseau social qui montrerait le beau pourrait conjurer la mort, NON, il n'est pas question ici d'affirmer cela.

Par contre nous pouvons en déduire que montrer le beau incite à le découvrir, le perpétrer !

Montrer le beau aide aussi à relativiser, à se poser un peu dans le quotidien, à changer son regard, à s'ouvrir sur d'autres choses, d'autres gens. A développer une curiosité bienveillante, à aimer, tout simplement.

Autant de choses qui nous donnent un autre regard sur la vie, et par extension, sur la précarité de celle-ci.

Essayer de voir du beau dans chaque chose ne peut certainement pas nuire à notre quotidien.

Le beau ne fait pas de mal lorsqu'il est consommé judicieusement.

Essayez donc Instagram, pour mettre un peu de beau dans votre vie et ne pas regarder le verre à moitié vide.

 

 

Sources :

https://www.lci.fr/high-tech/nous-passons-moins-de-temps-sur-facebook-snapchat-twitter-instagram-et-les-reseaux-sociaux-vraiment-2077656.html

https://wearesocial.com/fr/blog/2018/01/global-digital-report-2018

http://cheekmagazine.fr/societe/pourquoi-facebook-et-instagram-font-ils-de-nous-des-losers/