Ecrit le 20/09/2018

Le 1er juillet dernier, Simone Veil faisait son entrée au Panthéon.

Emmanuel Macron l'avait précédemment annoncé, à l'issue du discours prononcé durant la cérémonie officielle des obsèques de l'académicienne.

Simone Veil fut donc la 5ème femme à être entrée au Panthéon, sur les 78 personnalités présentes, on peut déjà considérer que la parité est largement oubliée.

Pourtant, si d'autres femmes (ou hommes !) de renom mériteraient largement leur place au même titre que Madame Veil, bon nombre de français s'imaginent encore que l'accès à l'immortalité des Grands Hommes n'est qu'une simple formalité.

Grande méprise !

Voici donc un petit rappel de ce qu'il faut savoir au sujet du Panthéon, cette nécropole un peu trop oubliée des français et qui ne se rappelle à leur bon souvenir qu'au rythme des « panthéonisations ».

La petite histoire de la place des Grands Hommes

Situé dans le 5ème arrondissement de Paris, le Panthéon trône au sommet de la Montagne Sainte Geneviève, en plein cœur du Quartier Latin.

Ce quartier, c'est un peu le Saint Graal de tout étudiant qui rêve d'y accomplir de grandes et prestigieuses études. Facultés de renoms, collèges et lycées dont la réputation dépasse les frontières de notre beau pays, résider ou étudier aux abords du Panthéon, c'est ce qu'on peut communément appeler un immense privilège.

C'est en 1744 que Louis XV se retrouve souffrant, éloigné de la capitale, à Metz. Il prononce un vœu sacré envers Sainte Geneviève, Patronne de la ville de Paris : s'il arrive à guérir de cette grave maladie, il lui fera ériger une église.

Ses prières sont finalement exaucées puisque guérit, il rentre à Paris et concrétise son projet : le chantier du Panthéon débute à la place de ce qui fût l'ancienne abbaye de Sainte-Geneviève qui se trouvait alors en ruines.

Plusieurs architectes sont sollicités et en 1755, c'est Jacques-Germain Soufflot qui est choisi sur un projet qui remporte un enthousiasme certain.

Le chantier du Panthéon démarre en 1757, l'Abbé de Sainte Geneviève bénira le terrain le 1er août 1758 pour ne s'achever qu'en 1790. En effet, la construction de l'édifice prend un retard conséquent du fait de la mort de son architecte en 1780 et de manque de moyens à cause de la guerre.

Jean-Baptiste Rondelet et Maximilien Brébion reprennent et terminent l'oeuvre de Soufflot, non sans la dénaturer ce qui la privera de son coté audacieux.

Si la vocation première de ce bâtiment était religieuse la Révolution Française entraîne sa laïcisation. L'architecture se retrouve épurée, fenêtres obstruées, lumière restreinte.

En 1791, le Panthéon devient un mausolée républicain, mais le 19ème siècle continuera de bousculer la vocation de ce temple qui sera rendu en 1806 à l'église par Napoléon 1er, désireux de faire table rase de la révolution.

En 1830, Louis Philippe souhaite restituer le Panthéon aux Grands Hommes, et la crypte connaît un agrandissement conséquent.

1851, sous le second Empire, le Panthéon redevient un lieu de culte et s'élève même au rang de Basilique Nationale, les Grands Hommes ne sont plus d'actualité.

Le 22 mai 1885, la mort de Victor Hugo vient clore près d'un siècle d'hésitation. Homme politique et écrivain, la patrie se devait d'honorer cet humaniste et sa place au Panthéon est légitime.

Le temple redevient et restera désormais laïc.

Qui est entré au Panthéon ?

La liste est longue. Mais on peut quand même citer les plus connus : Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Victor Hugo, Sadi Carnot, Jean Jaurès, Emile Zola (dont la sépulture initiale se trouve au cimetière de Montmartre et très souvent source de grande méprise !). Jean Moulin, Pierre et Marie Curie, Marcelin Berthelot, Alexandre Dumas, André Malraux, Pierre Brossolette, Germaine Tillion, Geneviève Anthonioz-De Gaulle, Jean Zay et la dernière arrivée, Simone Veil accompagnée de son époux Antoine.

Des noms écrit et des cercueils vides

Il n'est pas nécessaire d'être ce que l'on appelle communément une « dépouille » pour entrer au Panthéon. La patrie rend hommage à ses Grands Hommes en y inscrivant de part et d'autre de ses murs leurs noms. C'est par exemple le cas de 546 écrivains morts pour la France durant la guerre de 14-18 ( Alain Fournier, Guillaume Apollinaire, Charles Peguy, Victor Segalen …) et des 199 recensés pour celle de 39-45 ( Antoine de Saint-Exupéry, Robert Desnos, Pierre Brossolette, Max Jacob …).

En 2015, Germaine Tillion et Geneviève Anthonioz-De Gaulle font leur entrée symbolisée par deux cercueils vides. Les familles acceptent la « Panthéonisation » mais les corps ne seront pas exhumés de leur sépulture initiale.

Les invités du Panthéon

Certaines personnes occupent une place au Panthéon sans avoir accompli le même chemin que leur colocataires. Elles y ont été installées :

 - Selon toute logique : c'est le cas de l'architecte Jacques-Germain Soufflot, le concepteur de l'édifice

 - Selon certaines dernières volontés :

  • Marc Schoelcher, repose aux cotés de son fils Victor Schoelcher selon le respect de leur volonté commune. Il est intéressant de savoir que la sépulture initiale des Schoelcher se trouve au cimetière du Père Lachaise et se présente désormais sous la forme d'un cénotaphe. C'est à dire une sépulture vide ! ( Mais le monument en bronze vaut à lui seul le détour ).
  • Sophie Berthelot, l'épouse du chimiste Marcelin Berthelot qui repose aux côtés de son époux, mort de douleur une heure après elle.
  • Antoine Veil, l'époux de Simone Veil.

 

Visiter le Panthéon

Décider de visiter seul l'édifice est un véritable défi en soi. Le bâtiment est immense, austère, et peut rapidement donner le vertige par la multitude d'informations qui nous parviennent de toute part. Histoire, architecture, fonctionnalité, occupants, difficile de s'y retrouver et surtout de trouver un fil conducteur.

Philippe Brinas-Caudie, guide parisien depuis plus de 20 ans emmène régulièrement ses visiteurs découvrir ce temple des Grands Hommes en orientant son parcours vers un aspect pédagogique.

Il ne s'agit pas de focaliser sa visite sur l'aspect architectural, religieux ou pratique, il s'agit justement de trouver le lien entre toutes ces thématiques qui font la grandeur de ce lieu unique au monde.

Détails extérieurs et intérieurs à la structure, pendule de Foucault, explication techniques et précises devant la maquette du monument, rien n'échappe au guide qui nous facilite l'accès au savoir, à la culture, à l'histoire.

On se sent évidemment très petit lorsque l'on foule le sol de ce bâtiment où la grandeur n'est pas réservée aux résidents éternels. 110 mètres de long, 84 mètres de large, son dôme culmine à 83 mètres. Le regard est immédiatement attiré par les volumes, la largeur des colonnes corinthiennes, la coupole ( ou devrait-on dire les coupoles puisque si l'on ne peut en voir qu'une seule, elles sont en vérité au nombre de trois, emboîtées les unes dans les autres).

Sa façade n'est pas sans rappeler celle du Panthéon de Rome construit au 1er siècle avant JC. La crypte quand à elle est sobre et si l'on s'attend à quelques fioritures ou démonstrations architecturales, il n'en est rien. Les salles où reposent les grands hommes font plutôt penser à des cellules, sombres, austères, aucune épitaphe ni phrase personnelle, juste un alignement de noms et des sarcophages identiques.

On comprend le souhait de la patrie d'honorer ses citoyens les plus illustres, mais était-il vraiment nécessaire de faire abstraction de tout signe personnel, de rendre la mort à ce point uniforme ?

Laissons le visiteur juger par lui-même.

Quoi que l'on en pense, le Panthéon est un monument à (re)découvrir de toute urgence pour se pencher sur notre histoire et surtout sur notre avenir.

 

Prochaines visites du Panthéon par Philippe Brinas-Caudie

8 octobre à 14h45

29 octobre à 14h45

20 novembre à 14h45

3 janvier à 14h45

18 février à 14h45

Plus de renseignements sur http://guide-visites-paris.fr/