Ecrit le 21/04/2018

Travailler dans le monde de la mort occasionne quelquefois des discussions assez surréalistes.

Si votre entourage proche s'est plus ou moins habitué à votre quotidien parsemé de cimetières, crânes et autre réjouissances funestes, il arrive souvent qu'au hasard de rencontres et d'échanges, certaines personnes qui ne vous connaissent pas plus que cela, s'imaginent que vous avez la réponse à LA question qui occupe plus de cerveaux que l'on ne peut en imaginer: quel est le sens de la vie ?

Forcément, côtoyer la mort doit donner aux autres cette illusion d'en savoir un peu plus sur la finalité de notre existence, une sorte de privilège philosophique qui nous permettrait de réfléchir et de collecter toutes les réponses métaphysiques attendues par l'être humain.

Mais quel est donc le sens de la vie ?

Combien êtes-vous donc à vous interroger chaque jour ? Comment avancer dans son existence et lui trouver un sens ? Qu'est-ce que nous faisons sur cette planète et quel est notre rôle ?

Sans condescendance aucune, j'ai toujours ressenti un grand décalage par rapport à ces interrogations. Je n'ai en fait jamais vraiment compris comment on pouvait s'interroger là dessus.

Où trouver du sens dans une situation qui n'en a pas ?

Le sens du Sens de la vie ?

Mais revenons quelques instants sur la signification intrinsèque du mot « sens ».

Ce mot peut revêtir plusieurs définitions. Si nous nous arrêtons sur la plus basique, sens signifie « direction ». Et si nous nous interrogeons sur la direction de notre vie, elle n'est pas franchement reluisante car tout être mis au monde se dirige inéluctablement vers une direction identique, à savoir la mort.

Bon, jusque là vous vous dites que c'est un peu pessimiste comme déduction mais il n'y a rien de pessimiste là dedans. C'est juste une évidence, un état de fait, le premier paramètre que nous devons envisager avant de nous pencher sur les autres significations : le sens de la vie, c'est la mort. Le pessimiste n'a rien à voir là-dedans, être pessimiste c'est imaginer que des situations pourraient tourner mal. Là, à court, moyen ou long terme, que nous le voulions ou pas, notre existence tournera mal de façon certaine puisqu'elle s'arrêtera ni plus ni moins. Rien de conditionnel dans tout ça. La vie occasionne la mort. Point.

Comment ne pas se sentir épris de vertige si nous imaginons chaque jour que quoi qu'il se passe dans notre vie, rien ne pourra nous détourner de la mort. Tels des insectes dans un immense bocal, nous nous agitons en attendant que cela tombe, sans savoir comment ni quand cela va tomber.

Au delà de cette définition de « direction », le mot sens s'apparente à de l'explication, de la signification. Quel est le sens de la vie ? Comment puis-je expliquer la vie ? Quel est la signification de mon existence ? Pourquoi suis-je ici ?

Le non-sens de la vie

Les enfants adorent répéter à leurs parents qu'ils n'ont pas demandé à naître. Et c'est tellement vrai. Nous faisons des enfants par choix pour certains, obligation ou accident pour d'autres. Mais il est clair que nous ne leur demandons pas la permission de les concevoir et que nous les élevons, pour la plupart d'entre nous, comme si leur existence était évidente alors qu'ils ne sont en fait que le produit de notre bon vouloir.

Nous avons tous été enfants à un moment donné de notre existence, et cette pensée nous a certainement traversé l'esprit : « je n'ai demandé à personne d'exister ! ». Cette pensée continue d'occuper par moments les heures les plus perplexes de notre chemin d'adulte, a commencer par cette fameuse question qui peut réapparaître entre deux crises (adolescence, quarantaine, cinquantaine…) quel est le sens de la vie ?

Je n'ai jamais vraiment trouvé de réponse claire à cette question (je n'ai d'ailleurs jamais entendu ni lu d'ébauche de réponse).

Nous naissons et sommes projetés dans l'existence, bon nombre d'entre nous serons soumis à une pression sociale qui nous demandera d'accomplir un maximum de choses dans un minimum de temps, avec un équipement pas toujours idéal. Il suffit de parcourir les rayons « développement personnel » de n'importe quelle FNAC pour compter le nombre d'ouvrages s'intitulant "réussir sa vie", ou "trouver un sens à sa vie".

Le mode d'emploi du sens de la vie s'échange contre quelques euros et une carte de fidélité, en revanche, combien d'ouvrages pour nous éclairer sur une vérité un peu plus complexe et beaucoup moins glamour : le non-sens de la vie ?

Car la vie est un véritable non-sens, une absurdité totale.

Combien d'auteurs motivés pour nous résumer la situation simplement et nous expliquer qu'exister est complètement absurde, que nous sommes parachutés sur terre sans avoir demandé rien à personne et que nous sommes priés expressément de vivre avec brio, succès, réussite, sinon notre vie sera un véritable échec, en ayant de toutes façons la même perspective d'évolution que notre voisin, ou que la terre entière : la mort !

Pourquoi chercher un sens à la vie ?

En s'interrogeant sur le sens de la vie en général ET sur le sens de sa propre vie en particulier, l'être humain semble surtout  se perdre dans deux concepts totalement différents. Celui de l'existence au sens biologique du terme, (cette absurdité qui conduit inexorablement vers la mort), et celui de l'existence au sens psychique : « puisque je suis là, autant occuper le temps qu'il m'est donné de vivre à bon escient et trouver le sens de ma vie », justifier son existence, être légitime sur terre, être à la bonne place au bon moment. Peu importe alors si la mort est au bout du chemin, on n'y pense pas lorsque l'on se sent acteur et non plus spectateur de sa propre vie.

Chercher le sens de la vie ne mène pas bien loin. En revanche, s'interroger sur le sens de SA vie est déjà plus intéressant, lorsque le sens est perçu comme une direction. Quelle direction vais-je bien pouvoir prendre dans ma vie, quel sera mon chemin ?

S'interroger sur le sens de sa vie, c'est avant toute chose essayer de faire preuve de bon sens et tenter de prendre le bon chemin !

Françoise Sagan savait définir avec une extrême simplicité cette absurdité de la vie , pour elle, mourir cela n'était pas « convenable » : « On vous donne plein de cadeaux qui sont la vie, les arbres, le soleil, les printemps, les automnes, les autres... et on sait qu'un jour on va vous enlever tout ça. C'est pas gentil, c'est pas bien, c'est pas honnête !»

Une femme pleine de bon sens ...

 

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