Ecrit le 19/01/2012

clown thérapeute sandra meunier

 

Quelle belle aventure que celle de Sandra Meunier. Depuis 10 ans, elle est neztoile dans les hôpitaux pour Paris.  C'est un nouveau concept qu'elle a créé pour accompagner les moments difficiles des patients hospitalisés, voire les derniers moments...

Les neztoiles sont des accompagnants professionnels ayant suivi des formations en clown, relation d'aide puis une formation qualifiante de neztoile à l'hôpital.

Une neztoile est un personnage beau et lumineux, issu du monde créatif du clown (l'humour , la joie, le décalage) enrichi par l'imaginaire et le merveilleux des mondes enchantés (elfes, fées) et formé à l'accompagnement thérapeutique qui lui apporte toute la profondeur.

Elle propose de re-connecter les patients adultes à la Joie profonde par une approche d'émerveillement ou d'innocence heureuse.  Sa pratique se base sur la Beauté de l'art qui permet de lâcher pour un temps la souffrance, sur l'humour qui permet l’accès à des clés de compréhension, et sur la puissance de l'imaginaire qui nourrit intimement l'être.

 

C'est une approche d'art-soignant.

 

Art-thérapeute de formation, elle intervient à l’hôpital depuis plusieurs années en clown-elfe. L’idée d’oser ce personnage auprès d’adultes hospitalisés est née après une expérience en service de neurologie.

Devant travailler rapidement et voulant exercer son métier dans les hôpitaux, elle a postulé pour un emploi d’animatrice à l’hôpital.

L’entrée dans l’enceinte de la forteresse hospitalière est très difficile pour un art-thérapeute, voire impossible si l’on n’est pas d’abord répertorié dans les grilles administratives en raison d’un quelconque métier de soignant.

 

L'art-thérapeute, n’entre pas dans les cases !

 

En revanche, ce n’était pas difficile d’entrer avec le statut d’animateur. C'était juste déroutant pour elle et limitatif.

Sa fonction consistait à aller chercher les patients atteints de maladie neurologique dans leur chambre et à les amener dans une grande salle d’animation.

Là, un artiste venant de l’extérieur exerçait sa pratique avec, il faut bien le dire, plus ou moins de finesse. Elle devait donc renoncer pour un temps à sa formation d’origine et être spectatrice impuissante. Elle voyait ces corps meurtris au balancement incontrôlé, ces visages bizarrement expressifs et ces émotions étrangement exprimées ou refoulées.

Les journées étaient, de ce fait, difficiles, car elle se sentait impuissante à accompagner ces êtres en si grande souffrance. Souvent, elle tentait discrètement une approche relationnelle quand les patients étaient en atelier peinture. Mais en vain. Personne ne s’abandonnait et ne racontait l’angoisse de la maladie ou de l’enfermement.

 

Un jour, la responsable de l’animation lui a demandé si elle n’était pas clown dans la vie.

 

Pas facile de se reconnaître clown car l’idéal est élevé. Elle se référait à des maîtres en la matière comme Chaplin et pensait alors : “Je ne suis pas clown mais je le travaille.”

Et puis, elle pensait aux patients. Comment vont-ils réagir ? Peut-être vont-ils penser que je les infantilise. Cette impression était pour elle la pire des choses.

Enfin, elle a craqué, osé. Elle s'est dit que, si elle n’avait pas la chance de proposer un atelier d’art-thérapie, elle pourrait proposer l’art-thérapie en personnage.

"Si je suis moi-même en création, je vais transmettre le processus créatif. C’est comme ça que tout a commencé. Je suis arrivée en Anabelle (nom de mon clown) sans prévenir les habitants de l’hôpital. Ils ne m’ont pas reconnue. Fait étrange, sans me ‘connaître’, ils m’ont raconté toutes leurs angoisses. Ils ont exprimé beaucoup d’émotions enfouies, et ont aimé être proches de cet étrange personnage. Ils ont tellement ri, pleuré, raconté leur vie et leur détresse… En résonance, je leur donnais des clés d’acceptation de leur condition, des moments de partage authentique, des instants de tendresse et de douceur, de vrais moments d’attention à leurs visages sans voix ou à leur cris. Sans jugement, je les invitais à affirmer leur différence quand leurs histoires paraissaient peu cohérentes. L’histoire du clown sympathique-empathique a commencé ainsi."

 

Elle intervient depuis 10 ans dans les structures hospitalières d'ile de France (essentiellement en soins palliatifs) et en ce moment elle travaille à l'hôpital Beaujon à Clichy en service d'Oncologie.

En amenant sa vision décalée, très sensible, lumineuse et insolite du monde, elle permet aux patients soumis à une situation palliative de se raconter différemment en contact avec leurs émotions fortes. Elle permet de stimuler l’imagination.

En se présentant d’une manière peu sérieuse, elle permet sous une forme décalée et légère de parler par métaphores de la vision de la mort. En lien avec les équipes soignantes, elle agit comme catalyseur pour des conversations intimes et étonnantes qui, autrement, n’auraient peut-être pas lieu. Cet accompagnement vers la mort peut parfois donner l’occasion d’une ouverture spirituelle vers une dimension légère. Et si la rencontre du « merveilleux-joyeux » était une ultime porte de vie rassurante au seuil de la mort redoutée ? C’est toute l’audace de cette alliance avec le patient.

 

Merci à Sandra pour l'aide apporté à la rédaction de cet article. Vous pouvez retrouver son actualité sur sa page facebook.com ou sur son site clownsympa.com