Ecrit le 20/05/2018

La question est posée ! On me la pose d’ailleurs au moins une fois par semaine !

«Pourquoi tu visites des cimetières ?»

Inlassablement, je répète les mêmes arguments qui n’ont pourtant pas l’air de convaincre mes auditeurs ! 

Ce qui est pour moi d'une banalité, est pour le commun des mortels un passe temps étrange, sombre, voir même inquiétant.

Visiter un cimetière, ce n'est pas « normal » ! Disons que ce n’est jamais normal au yeux de la masse. 

On apparaît au choix comme déprimé, déprimant, gothique, morbide, triste à mourir, un peu fêlé sans doute pour aimer la compagnie des corbeaux et des limaces et la vision du délabré, de la mousse et des épitaphes pas toujours très joyeuses !

Lorsque l'on aime visiter les cimetières, on peut effectivement se situer dans un de ces clichés. On peut même les cumuler tous en même temps ou faire des petites compostions. Mais on peut aussi et surtout  être une personne complètement commune. 

J'aurai pu écrire « normale » à la place de « commune » mais je n'aime pas le concept de « normalité ». La normalité est une conception du quotidien propre à chacun d'entre nous.

Pour moi c'est tout à fait normal de visiter un cimetière, pour certains de mes lecteurs cela ne l'est pas du tout. C'est donc un peu réducteur de limiter une personne à un concept de « normalité ».

La citation de Sir Terry Pratchett définit à mes yeux le mieux la normalité :  « la normalité est ce que l’on en fait » 

Ne vous considérez donc pas comme anormal si vous décidez un beau jour d'aller vous promener dans un cimetière, vous vous rendrez compte très rapidement que de nombreuses personnes ont eu la même idée que vous.

En dehors des familles qui rendent visite à leurs défunts ou des passionnés que l'on appelle les «Taphophiles », la plupart des personnes qui déambulent dans un cimetière viennent souvent par curiosité . Pas de curiosité malsaine, bien au contraire. Il s'agit fréquemment d'une curiosité culturelle. En connaître un peu plus sur le lieu, sur les célébrités qui y sont enterrées, sur les rites funéraires, la découverte d'un patrimoine architectural, un site historique, et pour d'autres ,celle d'un lieu privilégié de protection de la biodiversité

Pourquoi visiter un cimetière ? Parce que la mort n'y est pas vraiment présente. Elle a terminé son travail. Le cimetière, c'est un peu l'« after » de la mort. La vie y reprend régulièrement ses droits ; végétation luxuriante, faune préservée, calme, réflexion, découverte, partage et transmission.

Le Printemps des cimetières à Paris

C'est le Patrimoine Aurhalpin (la fédération régionale des acteurs du patrimoine d'Auvergne-Rhone-Alpes) qui est à l'origine de cette manifestation dont la première édition s'est tenue en mai 2016. L'expérience décide d'être renouvelée avec grand succès en mai 2017 sur plus de 70 sites mais aussi dans d'autres régions comme la Bretagne ou la Sarthe.

le 26 mai 2018, pour la 3ème édition, c'est Paris qui vient s'ajouter à la liste des participants.

Le but est simple : montrer les cimetières sous un autre aspect que celui habituellement envisagé. Un cimetière peut aussi servir à transmettre une mémoire, celle d'une ville, d'une région, quelquefois même d'un pays tout entier. C'est le cas par exemple du cimetière du Père Lachaise à Paris où l'on peut constater le grand nombre d'étrangers venus découvrir la France au XIXème siècle pour finalement ne plus en repartir et terminer leurs jours dans la Ville Lumière : intellectuels, politiques, artistes, écrivains, leurs sépultures sont éparpillées au milieu d'autres célébrités françaises et montrent le rayonnement artistique et culturel de la France du XIXème siècle.

L'édition parisienne 2018 du Printemps des cimetières proposera plusieurs options réparties sur bon nombre de sites parisiens : cimetière du Père Lachaise, Montparnasse, Montmartre, Ivry, … Des visites guidées classique ou à thème, des expositions photos, des démonstrations de savoir-faire avec le travail des tailleurs de pierre et une place laissée à la musique au milieu de ces décors propices au lyrisme et au romantisme.

Vous pouvez retrouver en détail tout le programme sur le site de la ville de Paris. Une occasion à ne pas manquer car il se peut que cette manifestation suscite d'année en année un peu plus d'intérêt et grandisse rapidement au même titre que les Journées du Patrimoine.

Les cimetières à visiter

Toutes les villes françaises ne participent pas au Printemps des Cimetières mais possèdent néanmoins un patrimoine funéraire qui mérite le détour. Un patrimoine qui peut également se retrouver dans nos pays frontaliers. Nous visitons souvent les grandes villes européennes sans prendre le temps de nous pencher sur les beautés architecturales offertes dans leurs cimetières !

 - Le Cimetière Monumental de Rouen qui domine la ville, où vous découvrirez les sépultures de Gustave Flaubert ou Marcel Duchamp.

 - Le Cimetière du Grand Jas à Cannes avec vue sur la mer. Un véritable Festival de sculptures et d'épitaphes.

 - La Chartreuse à Bordeaux, enclavé dans la ville au beau milieu du quartier Mériadeck à l'architecture moderniste des années 60.

 - Préville à Nancy, pour les amoureux de l'Art Nouveau.

 - Le Cimetière de l'Est à Lille, où la végétation se mêle aux nombreux bronzes.

 - Vallauris, pour un hommage à Jean Marais

 - Roquebrune Cap Martin pour la vue imprenable sur Monaco, la sépulture de Le Corbusier qui porte ses couleurs et ses matières et un petit aperçu de la Corse si l'horizon est assez dégagé.

 - La dernière demeure du Facteur Cheval au cimetière d'Hauterives, à l'image de son œuvre : le Palais Idéal.

A quelques kilomètres de la frontière française …

 - Le cimetière d'Ixelles dans la périphérie de Bruxelles, où l'on mesure les ravages de la Grande Guerre

 - Poblenou à Barcelone et son incroyable « Baiser de la mort »

 - Staglieno à Gênes, le Saint Graal des cimetières. Celui que tout passionné se doit d'avoir visité au moins une fois dans son existence.

 - En Italie, les cimetières de Milan, San Remoet tous les cimetières dit « monumental » qui tiennent largement leurs promesses.

 - Le cimetière de Bruges qui renferme des trésors bien cachés entremêlés dans une végétation luxuriante.

La liste est encore bien longue, mais vous pouvez vous rendre sur le site de « Cimetières de France et d'ailleurs » où vous trouverez toutes les informations nécessaires à la préparation d'une visite au cimetière.

Découvrir d'autres cimetières loin des lieux touristiques

Il n'y a pas que les grands cimetières célèbres qui méritent le détour. On peut souvent retrouver de véritables pépites architecturales ou historiques dans des petits sites de province. Il faut prendre le temps de s'arrêter, d'investiguer, de sortir des sentiers battus.

Le cimetière voit son esthétisme complètement repensé depuis ces vingt dernières années, aux alignements tristes des « parkings » ensoleillés, on préfère désormais des sites paysagers. Les sépultures ne sont pas collées les unes aux autres, la végétation supplante le minéral.

Les cimetières pour animaux sont également à visiter. Celui d'Asnières en banlieue parisienne est le premier à avoir été créé au monde en 1889, il est inscrit en site classé en 1987 pour son « intérêt à la fois pittoresque, artistique, historique et légendaire »

Après la lecture de cette chronique, vous n'aurez plus aucunes excuses pour ne pas aller visiter de cimetières. Et surtout, vous comprendrez à quel point admirer ces lieux d'art, de beauté et de vie, fait immédiatement oublier la mort.