Ecrit le 12/07/2015

Le (petit) monde fascinant de Facebook offre quelquefois des discussions complètement surréalistes. L’avantage de ce réseau social est de pouvoir retrouver au hasard des groupes et des pages Fans, des personnes partageant la même passion que la vôtre. L’inconvénient réside dans le temps que vous allez passer à essayer de faire entendre votre point de vue à certaines d’entre elles lorsque vous vous rendez compte que les avis sont très partagés, pour ne pas dire divergents.

Récemment,  au gré de quelques publications, je risquais  un commentaire sur un fil de discussion sur un groupe de Fans de cimetières. La discussion concernait la sépulture de Pierre Desproges. Les personnes présentes soutenaient mordicus que la tombe était abandonnée, je tentais de leur expliquer que la nature "végétale " de cette sépulture donnait sans doute cette impression mais qu'il n'en était rien.

Pour avoir l'habitude de passer au moins trois fois par semaine devant, je m'étais rendue compte a plusieurs reprise que cette tombe était bel et bien vivante (une tombe vivante !! Oxymore en avant toute !) et que les hommages éphémères de ses nombreux fans se succédaient. Mais impossible de me faire entendre, c’était un peu comme parler dans le vide, les deux membres du groupe  ne voulaient rien savoir, elles avaient décrété que la tombe était en état d'abandon.

A la lecture de leurs propos me vint une réflexion. Je me demandais tout d'abord si ces personnes avaient eu l'occasion de regarder autour d'elles lors d'une visite du Père Lachaise (ou de n'importe quel autre cimetière lambda) il n'aurait pas fallu faire plus de dix pas pour trouver une sépulture en état d'abandon réel. Puis je me demandais ce qu’aurait ressentit la famille de Pierre Desproges en constatant que le commun des mortels avait décidé que cet homme était abandonné dans la mort.

 

Vie privée, éternité publique !

Les personnalités du spectacle, du cinéma, de la télévision, les politiques ou les chanteurs restent égaux devant n’importe quel inconnu de la planète lorsqu’il s’agit de mourir. Leur heure arrive et ils bénéficient tout au plus d’obsèques et de sépultures remarquées et remarquables.

Il se passe alors un phénomène assez commun à tout VIP se faisant inhumer dans n’importe quel cimetière : il est comme « rendu » à son public, à la foule qui l’adorait (ou pas) et qui bien souvent se sent investie d’une sorte de devoir envers lui. Une personne complètement inaccessible dans la vie devient toute proche dans sa mort. On peut lui parler (même si elle n’est plus en mesure de nous répondre !), lui laisser des témoignages d’amour ou d’admiration, venir lui rendre visite tous les jours et déposer des présents. Plus personne n’est en mesure de réellement contrôler ce phénomène, à moins de poster un vigile 24h/24 devant la sépulture pour veiller à ce qu’aucun hommage déplacé ou conduite inappropriée ne viennent troubler le repos de la célébrité en question.

L’éternité d’un personnage public est donc loin d’être reposante. Les plus chanceux se verront un peu laissés de coté et des fans discrets viendront leur rendre des hommages humbles et généreux sans chercher à offenser la famille ou les proches. Pour les grands V.I.P, c’est le défilé permanent avec dispositions règlementaires : barrières de sécurité pour Jim Morisson et défense de s’approcher de la tombe ( qui voit se succéder malgré tout des dizaines d’hommages éphémères, bouteilles de whisky, dessins, bougies, fleurs et autres témoignages du passages de milliers de fans ) ou encore la sépulture très organisée de Dalida à Montmartre ou aucunes plaques déposées par les fans n’est tolérée devant sa statue et se retrouvent reléguées derrière dans une sorte de petit carré réservé aux témoignages de milliers d’admirateurs.

Dispersés façon puzzle

« La commune de Coupvray garde pieusement dans cette urne les mains du génial inventeur ». Cette inscription est gravée dans un reliquaire apposé sur la tombe de Louis Braille, l’inventeur de l’alphabet du même nom qui permet aux aveugles de lire avec leurs mains. Décédé en 1852 de la tuberculose à l’âge de 43 ans, il est inhumé au cimetière de Coupvray  (en Seine et Marne) mais sa dépouille est transférée au Panthéon un siècle plus tard. Sa dépouille … sans ses mains qui symboliquement sont déposées dans ce fameux reliquaire pour que le morceau considéré comme le plus brillant de son corps repose encore dans la commune qui l’a vu naître.

On a donc sorti un cadavre de sa tombe, on lui a coupé les mains (enfin ce qu’il en restait), on a déposé ses mains dans un reliquaire et on a envoyé le reste dans le carré VIP le plus silencieux de France : Le Panthéon !

Cette tendance à la dispersion n’est pas un cas isolé. Le cœur de Chopin est parti en Pologne, celui de Léon Gambetta repose au Panthéon. Et on ne compte pas les ossements des catacombes ou ceux  conservés dans les églises en guise de saintes reliques.

Des morts qui, bien vivants, n’avaient certainement pas idée que leur corps serait dispersé façon puzzle.

A qui appartiennent les morts ? Certainement plus à eux-mêmes !

Célébrités ou illustres inconnus, les morts n’appartiennent qu’à celles et ceux qui leurs survivent.