Ecrit le 30/10/2012

Regarder nos aînés, les comprendre, leur offrir avec sincérité de quoi les rendre heureux, c'est vaincre la peur du vieillissement et donner du bonheur.

Hier, nos vieux étaient là, près de nous, au coin de la cheminée ou en train de s’activer avec lenteur pour réaliser les menues tâches, souvent ingrates, de notre quotidien.

Silencieux, juste à côté de nos passages pour ne pas gêner, en plein milieu de l’un d’eux quand nos actes étaient en désaccord avec nos intérêts et ceux de la famille, ils laissaient un jour partir leur âme, suite à quelques chuchotements avec Dieu, nous laissant le soin de rendre à la terre l’enveloppe corporelle dans laquelle ils se cachaient.

Nos vieux, nos vieilles, ont ce que nous n’avons pas: le vécu d’une vie, une histoire presque complète, un regard sur la société et sur autrui, qui recèlent de précieux enseignements… pour qui sait écouter et pour qui veut comprendre.

 

Âge, subjectivité, phénomène de société et hypocrisie

Les «normes» d’intégration sociale – jeunesse, beauté, réussite – excluent, de fait, les personnes âgées, reléguées au dernier plan de nos préoccupations. La vieillesse, la ride, cela respire l’inaction, l’ennui, la fin, la mort.

Quel ado se prive aujourd’hui de dire en y croyant: «les vieux, ils sont moches et ringards, c’est nul», y compris devant la caméra, qu’aucun propos de bon sens ne viendra contredire avant ou pendant l’émission télévisuelle? C’est qu’il n’y a aucune éducation ou presque qui puisse tarir l’insolence de cette pensée. L’ado ne sait pas qu’il est un vieux, déjà, formellement, pour l’enfant qui le regarde!

L’école, la famille, l’Église, ne savent plus nous éduquer à la relation intergénérationnelle, à l’acceptation pleine et entière de tous les états ordinaires de notre vie. La société s’éduque au gré des enjeux commerciaux et financiers traduits, pour nous leurrer, en publicités et médiatisations aguicheuses.

Dans le monde du travail, et chaque fois qu’il s’agit de tirer profit d’une personne vieillissante – savoir, savoir-faire ou argent –, l’usage est fait du mot «senior», plus noble et délicat.

 

De la peur des vieux au bonheur des personnes âgées

Gériatrie, vieillesse, impotence, sénescence, dépendance, grabataire, octogénaire: confusion de sens, glissements sémantiques, associations insensées d’idées, les mots même sont devenus laids, aussi laids que ce(ux) qu’il(s) désigne(nt)!

Vieillir fait si peur! Comment se rappeler qu’il s’agit d’un verbe qui se conjugue toujours au présent, simplement, dès l’adolescence? Savoir vivre, savoir vieillir, savoir mourir, ne sont qu’un. Faute d’y être éduqué, il faut s’y éduquer soi-même.

Car un jour notre regard peut croiser un autre regard, profond, vrai, sans une ride au milieu des rides. Pour qui sait voir le cœur et l’âme de celui ou celle qui nous regarde, l’âge disparaît. Il reste le bonheur de communiquer, simplement, avec quelqu’un.

Un regard sincère, une attention désintéressée, peuvent rendre heureuse une personne âgée. Elle sait ainsi qu’elle est acceptée, respectée.

 

Rencontrer les enfants des autres et ceux de la famille

«L’une des plus grandes peines des personnes âgées, c’est de ne plus connaître d’enfant. Et l’une des façons les plus simples d’éclairer leurs journées, c’est de leur en faire rencontrer. Les enfants ont une capacité étonnante à entrer en relation avec des personnes âgées. C’est une expérience d’enrichissement mutuel». France catholique suggère de provoquer ces rencontres, dans les écoles, les maisons de retraite.

Au sein de la famille, la relation entre l’enfant et son grand-père et (ou) sa grand-mère est à favoriser au mieux. C’est du bonheur à donner à ses propres parents. Il faut savoir aussi prendre le temps de s’offrir à eux, pour leur ouvrir un peu de notre vie.

 

Favoriser le maintien à domicile

Il faut se convaincre qu’une personne peut, le plus souvent, vivre chez elle jusqu’à sa mort ou presque, à condition de mobiliser tous les moyens qui lui permettent de le faire, pour sa santé, sa sécurité et en veillant à ne pas la laisser dans la solitude. C’est tout à fait possible aujourd’hui, grâce au soutien et aux précieux conseils des structures de proximité.

Dans l’impossibilité, «le système de la famille d’accueil permet à des personnes âgées de continuer à vivre dans un cadre sécurisant, entourées d’amitié et d’affection. Cette formule connaît un très grand succès». Famidac, par exemple, est une association qui travaille précisément en ce sens.

Nous ne saurions que trop recommander, par ailleurs, l'association "Les petits frères des pauvres", notamment avec l'excellente initiative Voisin-age, réseau d'entraide.

 

Donner à la personne les moyens de s’aimer

Parlant des gens âgés, Yabiladi, site marocain, dit: «[Ils] sont plus sages que vous pour résoudre les problèmes de la vie. Si vous écoutez leurs conseils, si vous leur témoignez un amour et une affection sincères, vous pouvez être pour eux une source de joie quotidienne.» C’est le meilleur moyen pour qu’ils gardent confiance en eux, et donc se respectent eux-mêmes.

Il faut aussi permettre à la personne âgée de se sentir belle et utile, donc de s’apprécier encore: aller chez le coiffeur ou le recevoir à domicile, bien s’habiller, réaliser pour autrui des actions (même menues ou épisodiques, comme coudre, faire un repas, réparer quelque chose).

 

Profiter de l’instant présent

«Le véritable bonheur consiste à jouir du présent, sans dépendre anxieusement de l'avenir, (…) de se satisfaire de ce que nous avons, ce qui suffit, car celui qui est ainsi satisfait ne désire rien.» Les propos de Sénèque (4 av. J.-C.-65 apr. J.-C.), dans ses Lettres à Lucilius, prennent tout leur sens vis-à-vis des personnes âgées. Se promener, apprécier une fleur, boire le thé, regarder quelques photos ensemble, voilà de quoi leur offrir une vraie belle journée… pour plusieurs jours.

Il existe bien d'autres manières de rendre heureux les gens âgés, comme :

* parler de la maladie et de la mort, sans tabou, en confrontant notre vision à la sagesse qu’ils ont acquise, en s’intéressant à leur souffrance ou leurs angoisses;

* conforter les croyants dans leur foi, en leur donnant les moyens de poursuivre leur chemin spirituel;

* les mener au cimetière ou les rassurer sur l’état des tombes de leurs proches, s’ils en expriment le besoin;

* penser à eux pour les fêtes, comme Noël, et ne pas oublier leur anniversaire…