Ecrit le 17/08/2013

joyeuses funérailles

 

La mort n’est pas un sujet très joyeux. On pourrait même affirmer que la mort est quelque chose d’extrêmement  triste.

Lorsque la mort survient, qu’elle nous touche de près ou de loin, qu’il s’agisse de la perte d’un parent très proche, d’un mari, d’un frère, d’une sœur ou d’un enfant, la réaction première (et logique) à cette annonce est par extension la douleur.

La douleur que nous éprouvons reste cependant subjective. Elle est propre à chacun d’entre nous qui l’exprimons tous de façons différentes. Elle peut être accompagnée de cris, de pleurs, de silence, d’hystérie ou encore de manifestations plus ou moins physiques de cette souffrance (perte de connaissance, suffocation, tremblements…).

Il est donc extrêmement rare, voire carrément improbable de rencontrer une personne qui va accueillir l’annonce d’une mort par des éclats de rire et une bonne humeur à toute épreuve.

Pourtant, bien après le choc de l’annonce, il arrive très souvent que la tristesse et les larmes laissent place au rire. Souvent nerveux, ce rire, ou même ces fous-rires (car il y en a quelques uns assez conséquents) viennent se greffer très rapidement lors des jours qui suivent le décès de l’être cher. Il suffit d’une situation quelque peu cocasse, d’une parole décalée, et le fou rire part instinctivement. Comme une réaction du corps face à l’adversité. Trop pleurer ne servirait plus à rien, il faut lâcher la pression autrement et pourquoi pas par le rire.

Quelquefois, on se sent un peu coupable de rire alors on esquisse auprès des proches un petit sourire gêné en murmurant un vague « excusez moi, c’est nerveux ! »

Oui, c’est forcément nerveux, comme la colère ou l’envie de tuer la terre entière pour toute la souffrance que l’on est en train d’endurer et ces minutes qui n’en finissent pas.

C’est donc sans doute nerveux de se retrouver à rire à gorge déployée avant l’arrivée à l’église, ou en regardant toutes ces personnes venues vous témoigner leur sympathie qui semblent encore plus désemparées que vous ne l’êtes déjà ! A tel point que c’est vous qui finissez par exceller dans la consolation. Le monde à l’envers !

 

Toutes les situations qui se présentent à la suite d’un décès sont d’une tristesse lourde et  infinie.

 

Souffrir de la perte d’un être cher, mais doublement souffrir durant ses obsèques, supporter une cérémonie où la personne qui parle n’avait aucune idée du caractère et de la sensibilité de celui qui est dans la boîte en chêne. Affronter une foule pas forcément désirée, qui insiste pour présenter des condoléances dont on n’a que faire. Avoir envie d’outrepasser le protocole et d’allumer Barry White dans l’Eglise, parce que celui qui est mort, là, il ne  pouvait pas souffrir une seule note de musique classique, alors le requiem de Mozart, c’est juste impossible !

Il faut donc souffrir et encore souffrir, comme un voyage initiatique qui se ferait forcément dans la tristesse, non, ce serait déplacé de rire et de montrer un quelconque sentiment de joie lors de funérailles ou encore dans ces interminables réunions familiales qui s’étendent au-delà des obsèques. Visages déconfits, désolés, mines renfermées, … oui on peut le dire : de vraies tronches d’enterrement.

Mais que peut – on trouver de foncièrement drôle dans une situation où tout se prête au désespoir ?

Si l’on cherche bien, tout peut prêter à la rigolade, et spécifiquement lors d’obsèques. Que vous soyez directement ou indirectement concerné par le défunt, il suffit d’observer.

Peut – on parler d’un manque de respect ? Qui peut juger de l’attitude à avoir face à des obsèques ?

Pourtant, cet autre qui n’est plus là, si il a bel et bien disparu charnellement de cette planète et s’il nous est techniquement impossible de le toucher à nouveau, d’entendre sa voix ou de profiter de sa présence, rien ne nous empêche de parler de lui. D’honorer sa mémoire en se remémorant tout ce qui a pu être beau et bon en sa compagnie. Cet ami qui savait profiter à fond de tous les plaisirs qui lui étaient offerts par cette vie qu’il aimait tant.

Rien ne nous empêche d’imaginer ce qu’il aurait pu dire si il avait été possible de l’entendre commenter ses obsèques !

Le chemin est long et difficile pour faire changer les mentalités. Qu’il s’agisse d’une attitude souriante durant les jours qui suivent le décès, ou encore de funérailles inhabituelles, (tout ce qui sort des conventions en matière d’obsèques est très souvent rangé dans la catégorie de l’irrespectueux). Tous ces agissements ou ces pratiques ne signifient pas que la douleur n’existe pas.

Avant de jeter l’opprobre sur une attitude, il faut savoir s’abstenir de juger l’autre parce qu’il a envie de rire ou de plaisanter sur cette situation qui peut sembler absurde au final (oui enfermer un corps dans une boîte et le ranger au fond de la terre en attendant que tout redevienne poussière est une pratique finalement très absurde !) parce qu’il a sans doute envie  d’évoquer les moments de joie partagés avec celui qui n’est plus, se souvenir plutôt que de se renfermer sur soi-même au milieu de la tristesse et de la souffrance déjà bien trop lourdes à porter.

Il n’y a pas vraiment de conduite basique à tenir après l’annonce d’un décès si ce n’est de toujours agir dans le respect du chagrin d’autrui et de son expression qui, si elle est différente de la notre, n’en est pas moins sincère et intense.

Rire de la mort, rire de la vie, mais au final, ne jamais cesser de rire.


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Derniers commentaires

OUI, Oui, oui , ce rire que l'on ne peut contenir tant les autres ont une tête d'enterrement, tant les autres ne savent pas quoi dire....Tant c'est dur, que vous êtes sidéré...et surtout ce que les autres ne savent pas c'es que seule le soir ces rires deviennent des larmes amèrement salées de solitudes et de désespoir...Mais cela personne ne le voit...alors rire oui rire parce que l'on est VIVANT...et que lui aimait cela rire...
c'est tellement vrai ce que dit PSI31 .Mais les imbéciles seront toujours là pour juger ses rires "nerveux" alors qu'il est consolateur de parler avec les proches d'annecdotes ,de se rememorer des souvenirs d'ensembles ,et ces souvenirs qui remontent à la surfaces sont souvent les meilleurs .