Au départ le titre m’interpellait. Juste le titre.

La mort intime.

Je me demandais ce que pouvait bien vouloir dire un tel titre. Sans en savoir plus sur la question. Marie de Hennezel s’avérait être une parfaite inconnue à mes yeux. J’en avais vaguement entendu parler étant enfant, les soins palliatifs …, François Mitterrand, le Cancer … Tout ça n’était alors qu’un sujet encore très peu relayé par les médias.

La mort intime, petit livre de poche vendu dans les rayons de la FNAC, dont le titre fait presque peur, à plus forte raison quand on regarde les rayons d’à coté fleurir de livres sur le développement personnel : « Soyez heureux », « Un bonheur par jour »,  « Vivez libre et heureux », « La vie devant soi » … Forcément, dans le contexte social actuel, on aurait plutôt tendance à éviter complètement tout ce qui nous rapproche de près ou de loin au mot «mort».

On s’imagine alors un ouvrage triste, plombant, où la mort va nous pénétrer au plus profond de notre conscience. On pense immédiatement à cette sensation de froideur, comme les couloirs des sous sols d’un hôpital gigantesque, ceux qui mènent aux chambres mortuaires.

Pourtant, en feuilletant ces premières pages, on découvre l’univers de l’auteur. Son travail, son combat quotidien, ses convictions, ses attentes, et la ferveur avec laquelle elle défend la vie.

Et puis on commence à se poser certaines questions, à envisager le sujet sous un autre angle.

L’euthanasie est un sujet qui ne peut laisser insensible. Il peut rendre mal à l’aise, perturber, soulever des passions. Chacun a le droit d’y aller de son avis et de sa petite histoire car contrairement à d’autres sujets, celui-ci peut tous nous concerner un jour, directement ou indirectement, et souvent plus vite qu’on ne le croit. Comme dans bon nombre de débats sensibles, il y a les défenseurs absolus du droit à chacun de disposer de son corps et de sa vie. Il y a les partisans du droit à la vie par-dessus tout, et il y a ceux qui les regardent s’affronter en sachant pertinemment que dans un débat aussi délicat, il ne peut y avoir qu’une notion de cas par cas.

Vous, moi, eux, celui qui se trouve à coté dans le métro, votre patron, votre femme, vos enfants, votre meilleur ami, la concierge. Nous allons tous mourir et être confronté à l’expérience de la mort et le plus souvent de façon relativement médicalisée.

A partir de la quarantaine, on voit surgir dans son entourage un panel de maladies qui commencent à se faire insidieuses et menacent ceux que l’on aime. C’est aussi  le temps de dire au revoir à nos aïeux. Les grands parents, grands oncles, quelquefois même les parents pour les plus malchanceux, autant de noms qui viennent se rajouter en feuilles d’or au marbre du caveau familial.

 

J’ai le souvenir d’un grand père, décédé en 1998, des suites d’un cancer généralisé. Il avait alors 80 ans et des années de maladie derrière lui qui ne lui laissaient plus beaucoup de chance. Dans cet hôpital froid et gris, il attendait depuis quelques jours la mort. Entouré de sa femme et de sa belle fille, il alternait entre délire et sommeil. Les infirmiers, les médecins, chacun savaient qu’il n’en aurait plus pour très longtemps mais personne ne souhaitait s’exprimer clairement : "Il faut attendre Madame".

L’attente de cette mort était le plus insoutenable pour sa femme qui ne pouvait que se rendre à l’évidence, c’était bel et bien les derniers instants qu’elle allait vivre avec lui. Après quelques épisodes de délire et autres réminiscences probablement dus au mélange qu’il recevait en perfusion, son état a commencé lentement à diminuer. Sans vraiment nous poser de question, nous avons assisté au ballet des infirmières qui venaient changer régulièrement les sacs de perfusion. Des sacs qui devaient probablement contenir des cocktails lytiques, mélange préféré des couloirs blancs, fin de vie propre, légale, accélérée. Quand ça s’éternise, faudrait pas non plus être en manque de lit.

Il s’est donc éteint «rapidement» de façon présentée comme naturelle. Etait – ce vraiment son heure ?

Lire « La mort intime » c’est se retrouver dans l’univers des mourants. C’est comprendre avant toute chose la nécessité pour chacun d’entre nous de se sentir vivant jusqu’à la dernière seconde. Oui, cette expression que bon nombre d’entre nous utilise bien souvent : « aujourd’hui je me suis senti plus que jamais, vivant ! ».  Elle n’a jamais été autant d’actualité que dans l’univers des soins palliatifs et de l’euthanasie.

Chaque cas est particulier, mais il y a bien une chose qui soit commune à tous les êtres vivants que nous sommes sur cette terre, c’est cette nécessité de savoir si, au soir de notre vie, nous avons encore de bonnes raisons qui nous retiennent ici, en ce monde. Si nous nous sentons aimés, entourés, utiles.

Le sujet est bien trop vaste et compliqué pour le confier à une simple loi.

Certes, chaque personne a le droit de disposer de sa vie. Chaque personne a le droit de mourir dans la dignité. Cette même dignité qui peut être obtenue avec la présence, l’écoute, les soins et l’amour qui feront que nous nous sentirons jusqu’au bout … vivants.

« La mort intime » n’est pas un ouvrage en guerre contre l’euthanasie. C’est une simple évocation du bon sens, un appel à l’amour et à sa juste application.