Chacun d’entre nous, lorsqu’il se rend dans un cimetière, a déjà noté la présence de tombes et de caveaux monumentaux, véritables œuvres d’art, ornés de sculptures, de mosaïques ou autres. La plupart du temps, ce mobilier funéraire est daté du XIXe siècle et ce n’est pas sans encombres qu’il a pu arriver jusqu’à nous.

Malheureusement, aucune règle ne régissait jusqu’à récemment la conservation et la préservation du patrimoine funéraire et sa gestion était laissée à l'appréciation des particuliers. Cette indifférence a conduit à la destruction d'un patrimoine important par sa quantité et par sa richesse historique et symbolique.. Des sépultures du XIXe siècle et du début du XXe siècle ont ainsi été laissées à l’abandon et détruites alors qu’elles étaient des œuvres majeures dans une période qui fut l’âge d’or de l’art funéraire.

D’autre part, le patrimoine funéraire s’est fortement réduit depuis la seconde moitié du XXe siècle. Les tombes gagnent en sobriété et se limitent à une dalle et une stèle. Finies les statues, les caveaux monumentaux, les vitraux, les pleureuses de bronze et les bustes de marbre. De temps à autre, un angelot veille la tombe d’un enfant mais la sobriété est de mise. L’art funéraire s'est fortement standardisé parce que notre société a changé et que de moins en moins de familles peuvent et souhaitent faire construire et entretenir des caveaux monumentaux et extrêmement coûteux. Les tombes sont donc devenues semblables, simples et de plus en plus sobres.

Aujourd’hui, des associations se regroupent pour recenser les sépultures afin de les préserver et certains cimetières sont classés monuments historiques. Des colloques sont organisés, et une Déclaration pour une Charte internationale du patrimoine funéraire a été présentée en 2000 lors d’une conférence à Montréal.

 

Le paradoxe tient cependant au fait que les cimetières tout comme nos villes phagocytent, ont toujours besoin de davantage de place, diminuant sensiblement le nombre de concessions perpétuelles et donc de monuments funéraires remarquables. L’absence de bases de données globales, complètes, mises à jour de manière régulière et accessibles au plus grand nombre freine aussi cette prise de conscience. Il est regrettable que le tabou toujours prégnant autour de la mort et de tout ce qui s’y rattache empêche la grande majorité des gens de considérer le patrimoine funéraire comme une source de connaissances sur son territoire et son histoire.

Le mobilier funéraire est fabriqué avec un matériau local tout comme l'habitat des vivants. Son style varie selon les époques et présente des éléments de l'architecture en vogue au moment où il a été édifié. Une tombe ancienne est donc un témoignage de son époque autant qu’une œuvre d’art.

La question sous-tendue par cette volonté nouvelle (malheureusement encore marginale) de vouloir assurer la conservation des monuments funéraires remarquables est celle de la manière dont nous considérons les monuments en question et les cimetières. Au-delà de leur utilité à marquer le lieu de sépulture de nos morts, ne devrions-nous pas les considérer comme un élément de notre patrimoine ? Comme des œuvres d’art ? Comme un lieu où l’expression d’artistes serait une manière de garder vivace le souvenirs de ceux qui nous ont quittés ?
En regardant au cimetière de Montparnasse les œuvres de Niki de Saint-Phalle, pleines de couleurs, de formes et de miroirs, n’est-on pas tenté de voir autre chose qu’une simple tombe ?

Bien entendu, un cimetière (et donc les tombes qu’il abrite) est avant tout un lieu chargé de respect, de mémoire et de recueillement. Mais le respect que nous avons pour nos défunts est-il incompatible avec l’art et la préservation du patrimoine ? C’est en donnant une réponse à cette question nous parviendrons à donner une continuité à l’histoire de l’art funéraire et à préserver une part de notre patrimoine.