C’est en ce jour de tristesse absolue et plein d’émotions,
Qu’au nom de ses proches et êtres aimés,
Nous tâcherons d’honorer la mémoire de François Grosjean par ces quelques mots…
Notre vision est certes celle de ses petits-enfants,
Mais je reste convaincue qu’elle est révélatrice de la générosité qui régnait dans le for intérieur de son âme et que nous avons tous eu la chance de connaître.

 

« La gloire de mon grand-père ».

Voici le titre que je choisirais si j’étais amenée à écrire un roman biographique sur notre grand-père.

Le titre du premier chapitre ? D’emblée, je l’intitulerais « Mon Papé, ce héros ».

Tout homme digne de l’estime publique, de la gloire, par sa force de caractère, son génie et son dévouement, est un héros.
 

Il est évident que notre grand-père, homme humble, respectueux et digne, ne se considérait certainement pas comme tel. 

Mais toute sa vie nous a toujours semblé être un roman voire un film. Son enfance, le voyage vers l’Algérie pendant la guerre, les évènements d’Alger, le retour à Marseille avec sa femme et ses deux filles de même pas cinq ans. 

Pour une vie d’homme, c’est déjà traverser un bon bout de l’histoire. D’où, certainement, en partie, son goût pour celle avec un grand H.  Mais ces histoires il aimait surtout les raconter. Et avec talent : la mise en situation, du drame, la touche d’humour.

Sa plus belle histoire nous semble malgré tout avoir trait à tout à fait autre chose. Une vie menée pratiquement  avec l’exigence d’avoir la pêche au jour le jour. C’est ce qui frappe finalement tout le monde, un optimisme presque viscéral, peut-être pas toujours sur l’état du monde, mais dans son quotidien c’est sans doute quelque chose qu’il a essayé de nourrir.

Il avait le goût des choses simples, des petits plaisirs, sachant être bon vivant d’un côté, et en bon comptable réglant certains aspects de sa vie au millimètre de l’autre. A l’image de ces fameux comptes du dimanche entretenus l’après-midi, au pic des heures de la digestion. 

Il a aimé beaucoup de choses. Entre autre ces fameux calissons d’Aix en Provence dont la dernière boîte lui a été offerte par les infirmières qui s’occupaient de lui.

Nous n’y étions pas, mais sans doute s’est-il efforcé de rendre les séances de soins plus agréables. Jusqu’au bout, il aura gardé un goût pour la vie.

Comme tout héros, il avait plein d’ennemis. Mais son pire ennemi reste : LE POIVRON, et par extension pas mal de différents légumes méditerranéens : aubergines, artichauts, olives, tomates crues mais pas cuites, oignons cuits mais pas cru. Paradoxal ce pied-noir !

Ce héros dont on parle, ce n’est pas celui des films d’action américains, même s’ils les affectionnaient particulièrement. C’est celui qui aura évolué aux côtés de l’héroïne. Nous l’appelons Mami.

J’ai rendu visite à mes grands-parents au mois de septembre de cette année.
A maintes reprises, j’avais mentionné mon envie incessante de redécouvrir les saveurs du Sud-Ouest. 

Papi sélectionna donc soigneusement un restaurant Place Saint Georges.
Tout en arpentant les rues de Toulouse au côté de Mamie et Papi qui se tenaient par la main, je remarquai certains passants peut-être curieux de voir les regards tendres qu’ils s’échangeaient.

Je fus envahie d’un sentiment de fierté et répondais intérieurement aux passants :
« Oui, ce sont mes grands-parents, ceux-ci qui nous ont donné une véritable seconde éducation et qui nous ont permis, à Adrien et moi, de nourrir et d’attiser notre curiosité sur la complexité du monde et sur son histoire.

C’est donc peut-être lui ce Papé notre héros, c’est celui qui nous a emplit de joie à tant de différents moments. Aujourd’hui évidemment, c’est avec un sentiment de tristesse que sa présence raisonne. Mais nous pensons qu’il aurait préféré qu’on se souvienne de lui avec espoir, légèreté et bonne humeur. Il nous a maintes fois raconté cette blague, anecdote, ce qu’il aurait entendu dans le port de Marseille. Un apprenti venait certainement de commettre une erreur. Son supérieur, lui aurait dit: « Oh Garry, un estropié et toi ça fait deux estropiés. » Il avait l’art de raconter ces petites choses avec beaucoup d’humour.

Merci.

Roxane et Adrien

 

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