Oraison funébre de Philippe Bouvard à une de ses maîtresses

"Ma puce n'est plus. Ma copine est morte. Si tu m'entends - ce qui serait surprenant eu égard à la surdité qui t'avait frappée ces dernières années - tu dois te demander pourquoi je suis ton Bossuet. Car parmi tes ex, il y avait de la concurrence. Mais c'est moi qu'on a tiré au sort. Dans le bataillon de tes amants, j'aurais été un passant de la passion, un stagiaire de la bagatelle, un surnuméraire du déduit, n'ayant eu droit qu'à une seule nuit en ta torride compagnie. Peut-être ne t'en souvenais-tu pas et ne m'aurais-tu pas reconnu dans la rue. Moi, je n'ai oublié aucun détail. De notre rencontre devant un night-club où tu avais tellement bu que tu ne savais plus où tu avais garé ta voiture, de l'offre - aussitôt acceptée - de te raccompagner chez toi avec la mienne, du dernier verre que j'ai bu sur tes lèvres chaudes et de ta gentillesse le lendemain matin, lorsque après une ultime étreinte, tu m'as dit suavement après m'avoir appelé un taxi et alors que je te demandais quand nous nous reverrions : «Sûrement un jour, le monde est si petit.» Hélas ! je ne t'ai retrouvée que pour te perdre. C'est la vie."